Les traumas : au-delà des idées reçues
On parle de plus en plus des “traumas”, mais c’est un mot qui fait souvent peur. On imagine des scènes extrêmes, des événements spectaculaires, quelque chose qui n’arrive qu’aux autres. Pourtant, dans la réalité, beaucoup de blessures intérieures naissent de situations bien plus quotidiennes : une éducation où l’on n’avait pas le droit d’être soi-même, des années à porter plus que ce qu’on pouvait, un environnement professionnel toxique, des ruptures brutales, des humiliations répétées, ou tout simplement trop de choses encaissées sans jamais avoir eu l’espace pour souffler. Le trauma, ce n’est pas seulement “ce qui s’est passé”. C’est ce que le corps n’a pas réussi à traverser.
Certaines personnes ne se reconnaissent pas comme traumatisées, parce qu’elles ont “tenu bon”. Elles ont continué à fonctionner, à travailler, à s’occuper des autres, parfois même à sourire. Pourtant, à l’intérieur, quelque chose s’est figé, tendu, mis en mode survie. Le corps garde en mémoire des tensions, des peurs, des réflexes d’alerte qui ne s’éteignent plus vraiment. Ce n’est pas volontaire. Ce n’est pas psychologique au sens culpabilisant du terme. C’est simplement le système nerveux qui a fait ce qu’il pouvait pour protéger.
Et ces traces se manifestent de mille façons : un cœur qui s’emballe pour un rien, une fatigue écrasante qui ne passe pas, une impression de ne pas être vraiment présente, de l’anxiété sans raison apparente, un besoin de contrôler chaque détail, une irritation constante, la sensation d’être toujours “sur ses gardes”, des difficultés à faire confiance, ou encore ce fameux “je me sens vide” que tant de personnes murmurent sans oser le dire trop fort.
Ce qui est compliqué, c’est que le cerveau logique ne comprend pas toujours. Tout semble aller “bien”, mais le corps dit l’inverse. Alors on se sent coupée de soi-même, on se demande pourquoi on réagit “trop”, pourquoi des choses insignifiantes deviennent insupportables, pourquoi on pleure sans savoir d’où ça vient. En réalité, tout cela a du sens. Le corps parle. Il raconte ce qui n’a jamais pu être exprimé.
C’est là que des approches spécialisées deviennent précieuses. Quand on travaille sur les traumas et les souffrances profondes, il ne suffit pas de comprendre. Il faut réapprendre à se sentir en sécurité, reconnecter le corps, libérer les tensions qui sont restées bloquées et permettre au système nerveux de sortir progressivement des états de survie.
La méthode 4F, créée par Ayla Misirli, est une approche corporelle et neuro-émotionnelle qui s’appuie notamment sur la stimulation bilatérale alternée (SBA). Ces stimulations permettent d’activer les capacités naturelles du système nerveux à retraiter les mémoires émotionnelles et corporelles restées figées.
Ce principe de stimulation est similaire à celui utilisé en EMDR, méthode reconnue dans le travail des traumas, tout en s’inscrivant dans un cadre plus progressif, respectueux du rythme de la personne et centré sur la régulation du système nerveux plutôt que sur la reviviscence des événements. La méthode 4F n’impose rien : elle accompagne, elle soutient, elle laisse le corps faire ce qu’il n’a pas pu faire à l’époque.
Les avancées sont parfois subtiles : une respiration plus profonde que d’habitude, une nuit de sommeil un peu meilleure, un moment où l’on se surprend à être plus patiente, une discussion où l’on ose enfin dire non, un après-midi sans cette boule au ventre. Puis, avec le temps, quelque chose se réorganise. On se sent moins réactive, moins sur le fil. On commence à se retrouver. À sentir qu’on peut enfin relâcher.
Ce qu’il faut retenir, c’est qu’il n’y a pas de petit ou de grand trauma. Il y a une expérience qui a dépassé vos ressources du moment. Point. Et il n’y a aucune honte à demander de l’aide. Ce n’est pas un aveu de faiblesse, c’est un acte de lucidité. C’est dire : “Je mérite de ne plus porter ça seule.” C’est choisir de s’offrir une chance réelle d’apaisement.
Que vous veniez d’un burn-out, d’une rupture, d’un passé compliqué, d’une enfance lourde, ou simplement d’années passées à encaisser… ce que vous ressentez est légitime. Votre corps n’est pas votre ennemi. Il demande de l’espace, de la douceur, des repères pour se réorganiser.
Ce chemin n’est pas toujours linéaire, mais il est profondément libérateur. Peu à peu, on retrouve de la clarté, de l’énergie, des émotions plus stables, une sensation de solidité intérieure. Et surtout, on recommence à se sentir vivante.