Ce que l’inconscient garde en silence

Nous avons appris à penser que la mémoire fonctionne comme un classeur.
Un événement arrive, nous le comprenons, nous l’archivons, et il devient un souvenir auquel nous pouvons accéder quand nous le voulons. Cette vision est rassurante. Elle donne l’illusion que tout ce qui nous traverse est conscientisable, analysable, verbalisable.

La réalité est tout autre.

Avant même que nous ayons le temps de penser, l’information est d’abord traitée par des zones profondes du cerveau, anciennes, rapides, automatiques. Ce que nous appelons communément « l’inconscient » n’est pas un lieu flou ou mystérieux : c’est un système de protection, de survie, de mémoire implicite.

Chaque information qui entre — un regard, une phrase, une ambiance, une pression professionnelle, un conflit, un échec, une humiliation, une surcharge — est évaluée selon une question très simple :
Est-ce que c’est dangereux pour moi ?

Si la réponse est non, l’information peut monter vers la conscience. Nous pouvons y réfléchir, en parler, la transformer en souvenir narratif.
Si la réponse est oui, même partiellement, le système bloque l’accès conscient. L’information reste stockée ailleurs, sous une forme brute : sensations, tensions, réflexes, émotions non digérées.

Et c’est là que beaucoup de souffrances commencent.

Quand ce qui n’est pas conscient continue d’agir

Une information restée dans l’inconscient ne disparaît pas.
Elle ne se met pas en pause.
Elle continue à influencer nos réactions, nos choix, notre corps, notre énergie.

C’est ainsi que certaines personnes disent :

  • « Je sais que ce travail ne me convient plus, mais je n’arrive pas à partir »

  • « Je comprends ce qui m’a fait souffrir, pourtant je fais toujours la même chose »

  • « J’ai parlé de mon passé en thérapie, mais mon corps reste en alerte »

  • « Je suis épuisée sans raison apparente »

Le problème n’est pas un manque de lucidité.
Le problème est que ce qui agit n’est pas accessible par la pensée.

La mémoire traumatique ne fonctionne pas comme une histoire que l’on raconte.
Elle fonctionne comme un programme de survie.

L’épuisement professionnel : bien plus que le travail

On parle souvent de burn-out comme d’un problème lié au contexte professionnel : surcharge, pression, manque de reconnaissance, conflits, exigences contradictoires.
Tout cela est réel. Et important.

Mais dans la pratique, on observe autre chose.

Deux personnes peuvent vivre un environnement similaire.
L’une tiendra.
L’autre s’effondrera.

Pourquoi ?

Parce que le travail vient souvent appuyer sur des fragilités plus anciennes, parfois très anciennes, parfois invisibles.

Un besoin de bien faire pour être aimée.
Une peur inconsciente de décevoir.
Une habitude à se suradapter.
Une impossibilité à dire non sans se sentir en danger.
Un système nerveux déjà habitué à l’hypervigilance.

Le travail n’est alors pas la cause unique.
Il est le déclencheur.

L’épuisement professionnel est souvent le moment où le corps dit stop là où la conscience a tenu trop longtemps.

Pourquoi parler ne suffit pas toujours

La thérapie par la parole est précieuse.
Elle permet de mettre du sens, de relier des éléments, de comprendre son histoire, de sortir de la culpabilité. Elle offre un espace de sécurité, de reconnaissance, de mise en mots.

Mais elle a une limite structurelle : on ne peut parler que de ce dont on a conscience.

Or, les informations restées dans l’inconscient — celles qui ont été perçues comme dangereuses — ne sont pas organisées en mots. Elles sont stockées dans le corps, dans le système nerveux, dans des réponses automatiques.

C’est pour cela que certaines personnes disent :
« Je sais tout ça, je l’ai compris, mais ça ne change rien. »

Ce n’est pas un échec de la personne.
Ce n’est pas non plus une inutilité de la psychologie.
C’est simplement un niveau différent de fonctionnement.

Le corps se souvient avant la tête

Le corps n’oublie pas ce que la conscience ne peut pas intégrer.

Il se souvient à travers :

  • des tensions chroniques,

  • une fatigue inexpliquée,

  • des réactions disproportionnées,

  • des blocages,

  • un état d’alerte permanent,

  • ou au contraire une forme d’engourdissement.

Tant que ces informations restent traitées uniquement par les circuits de survie, le système continue à réagir comme si le danger était présent, même quand il ne l’est plus.

Ce n’est pas un choix.
Ce n’est pas de la mauvaise volonté.
C’est de la neurobiologie.

Ouvrir une autre voie

Lorsqu’on comprend cela, quelque chose change profondément.

On cesse de se demander : « Pourquoi je n’y arrive pas alors que j’ai compris ? »

Et on commence à se demander : «De quoi mon système essaie-t-il encore de me protéger ?

C’est là qu’une approche complémentaire, qui inclut le corps, les réactions automatiques, le système nerveux, devient essentielle.

Pas pour remplacer la parole. Mais pour aller là où la parole ne peut pas accéder seule.

Quand les informations perçues comme dangereuses peuvent être retraitées dans un cadre sécurisé, le système peut enfin relâcher la vigilance. Ce qui était bloqué dans l’inconscient peut progressivement devenir tolérable, puis conscientisable, puis intégrable.

Et avec cela, l’énergie revient.
La clarté aussi.
Et surtout, la sensation intérieure que l’on n’est plus en lutte permanente contre soi-même.

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L’ÉPUISEMENT PROFESSIONNEL AU FÉMININ